Tu t'endors...
Le vent souffle avec puissance, et des gouttes de pluie s'écrasent autour de toi. Un craquement sourd s'élève dans les ténèbres, après qu'un éclair aveuglant ait déchiré le ciel orageux, comme si tout s'effondrait. La fureur du vent redouble de puissance tandis que les pleurs des nuages sombres se transforment en perles de glace...
Un second trait de lumière fend rageusement l'obscurité, comme une lame mue par la haine, destructrice.
La tempête se déchaîne, libre avant que le soleil ne refasse son apparition, elle étouffe la lune et efface les étoiles, réduisant au souvenir tout de la mystérieuse clarté nocturne.
La grêle martèle lourdement tout de ce monde plongé dans le désastre, assourdissante et inévitable car tu peux désormais sentir les morsures glacées criblant ton corps sans relâche. La douleur et le froid maintenant insupportables t'écrasent impitoyablement ; sans plus résister, tu t'affales à genoux dans une flaque d'eau glacée.
Il fait si froid... Pourquoi cette maison n'a que des fenêtres en hauteur et aucune porte ? Qui-sont ces gens que tu vois frapper désespérément aux vitres de ces fenêtres ? Pourquoi semblent-ils hurler ? Sont-ils enfermés ?
Tout devient si confus...
Un ultime éclat de cauchemar tord ta conscience, éclairant de façon entre-coupée un paysage dévasté et les murs d'une chambre.
C'est une chambre inconnue, où sont entreposés des livres sur des étagères, beaucoup de livres et, surplombant ces innombrables recueuils, une horloge. 06h24
L'obscurité retombe, alors qu'une nouvelle détonation bien plus intense et impressionnante de les précédentes retentit et emplit la pièce d'une atmosphère lourde en suspens, comme si l'on attendait que la tempête se calme pour laisser s'échapper un soupir qui se serait confondu au souffle du vent. Ce coup de tonnerre parvient même a couvrir l'espace d'un instant le fracas incessant provoqué par la grêle.
Sans attendre, tu t'extirpes de ce que tu penses être un lit et, les yeux grands ouverts, tu tentes de distinguer un quelconque interrupteur sur les murs encombrés de cette pièce plongée dans une épaisse pénombre. Mais tu ne parviens qu'à entendre les grêlons violemment projetés contre le mur et sur le toit par les rafales de vent.
Un autre éclair illumine la nuit, très rapidement succédé par le rugissement du tonnerre -plus discret que le dernier. Cette brève illumination te permet cependant d'apercevoir ce que tu cherchais près d'une solide porte en acier. T'élançant dans cette direction avec légèrement trop de précipitation, tu t'entraves dans quelque chose de mou et tombes au sol. Cherchant appuis par terre, ta main rencontre ce qui semble être le dos d'une autre main... froide, très froide. Et totalement inerte. Tu comprends alors avec effroi et dégoût que tu viens de trébucher sur un cadavre, et retires vivement ta main fébrile de son contact.
Qui était-ce ? Pourquoi ce cadavre est-il étendu dans cette pièce si étrange ?...Comment est-il devenu cadavre ?
Te relevant, tu remarques que la lumière assez faible de dehors te permet de distinguer quelques formes... Dont une silhouette morte abandonnée a tes pieds. Tu te détournes de ce corps sans vie, et t'éloignes en direction de la fameuse porte... Où est l'interrupteur ?
Là. Tes doigts ont finit par trouver.
Tu appuies frénétiquement dessus à plusieurs reprises, mais rien n'apparaît nulle part. Aucune lumière rassurante. L'interrupteur ne fonctionne pas.
Tu gémis, très inquiète. Mais il y a toujours la porte ! Sans hésiter, tu abats ta main souillée sur la poignée et, poussant un cri étranglé, tu comprends que la porte ne s'ouvrira jamais, qu'elle est fermée.
Que tu es enfermée.
Haletante, tu te rues à la fenêtre située à l'opposé de la porte, manquant de perdre l'équilibre à chaque pas. Arrivée a cette dernière issue, un frisson incontrôlable s'empare de toi en même temps qu'une vague de sueur t'assaillit. Tu n'aurait su dire si l'humidité qui t'enveloppe provient de la pluie ou de tes émotions trop confuses.
D'un geste nerveux, tu tires les rideaux... A la vue de ce qui se trouve derrière cette fenêtre, ton espoir s'envole et un hurlement déchirant traduit ton angoisse.
A travers les carreaux ruisselants, tu peux voir s'afficher exactement le même paysage que dans ton rêve ; dévasté par la tempête... Sauf que cette fois ci, tu es piégée avec un cadavre dans la maison sans porte, prisonnière d'un cauchemar devenu réalité.
Mais tout tes cris restent inaudibles, perdus dans la vaste démence de l'Orage...
Les Sans Visage, Pandora.
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